

Après avoir eu l'expérience de cours de kinomichi par visioconférence, je suis arrivé à me poser la question de comment enseigner le kinomichi à distance alors que cela est, par essence, une pratique de contact ?
Et par là même m'interroger sur la pédagogie employée dans le kinomichi.
J’ai notamment été amener à réfléchir à l’utilisation de métaphores pouvant aider les élèves dans l’apprentissage des mouvements du kinomichi.
Tout naturellement, j’ai repensé à la façon dont j’ai reçu l’enseignement de Maitre Noro.
Utilisait-il des images ?
Images en référence à du mouvement ou des mouvements mais aussi à la nature, aux animaux, d’images sonores, musicales, picturales, théâtrales, littéraires, poétiques, architecturales, géométriques, posturales, biologiques, médicales…Je n’ai pas vraiment de réponses très claires dans mon souvenir en tout cas concernant un imaginaire du mouvement.
L'image qu'il me reste personnellement est celle du redressement du corps au seuil d'entrer dans une cathédrale, ou en levant la tête pour regarder les vitraux, comme un symbole de l'aspiration vers la lumière, de cet élévation du corps et de l'esprit qui animait sa quête de perfection.
Il y a aussi le mot "sexy" qu'il utilisait et mimait en parodiant les manequins des défilés de couture. Une façon de dire de ne pas se laisser aller dans le corps à l'avachissement, une invitation à étirer le corps, à le déployer avec un brin de fierté.

A travers les réponses au questionnaire envoyé aux enseignants de kinomichi ( 8,5%, de réponses), il n’est rapporté que peu d’images auxquelles se réfère M. Noro. Cela voudrait-il dire que sa mémoire s’efface dans les esprits des enseignants depuis que son corps ne montre plus le mouvement.
La plupart des réponses disent que nous « devons » trouver nos propres images telles que déjà certains enseignants le font, en laissant libre cours à leur créativité.
Quand je pose la question à certains, ils me répondent que rien ne leur vient à l’esprit car les images ne peuvent leur venir qu’en situation et que c’est fugitif.
C'est ainsi que les images ou expressions cités de M. Noro parlent plus de la vie en général que de mouvement : « Montrez les dents » ou « Sourire quoiqu’il arrive » invitant à une attitude par rapport à la vie, et témoignant de l'importance de l'aspect relationnel du kinomichi.
Quelquefois géométriques : « Il faut grande sphère » ou ayant trait à la nature « Raciner le corps ».
Ou la vague!
Et les éléments terre, feu, eau, air
Voire la nourriture le riz et le feu.
Parfois strictement gestuel en lien avec la prise de doigt ou de main du bébé ou du singe ; d’un geste du plat de la main allant du bas vers le haut accompagné d’un son de délectation « Hummm ».
Mais souvent il ne s’agit strictement que d’énergie comme un « tuyau de force entre l’infiniment grand et l’infiniment petit » ou bien l’équilibre de l’atome ou du système solaire et de la rotation des planètes.
L’essentiel de la recherche de Masamichi Noro porte sur l’harmonie des êtres, qu’il imageait par des exemples empruntant à la physique atomique, l’astrophysique ou le monde du vivant.
Ce sont essentiellement des images ayant trait au mouvement, à la création d’énergie que Christian Bleyer, instructeur de kinomichi, préfère appeler des « maitre-mots » : « Il s'agit de termes évocateurs nourriciers pour l'esprit et qui permettent au pratiquant de s' investir dans la gestuelle, en préservant toute sa liberté de création. Cela s' inspire du « Montrez dents » de Me Noro ou du « Manifestez votre joie », termes qui révèlent le fondement même du mouvement ..car comment « « évoluer » sans manifester sa joie ou sans utilisation du souffle ! L'idéal serait que la gestuelle qui apparaît parfois très sophistiquée devienne naturelle ».

Je conclurai, à nouveau avec les propos de Christian Bleyer qui, de part sa longue expérience d’enseignant des arts du mouvements nous porte à penser :
« Il me semble à présent qu’en proposant une rencontre avec des éléments tels que « Terre, eau, feu, air » en évoquant l’implantation, la fluidité́, la musicalité́, etc., on se trouve d'emblée au cœur du Kinomichi". Ch B.
Ce qui personnellement m’évoque tout le travail proposé par Isaac Alvarez, comédien mime, sur les quatre éléments mais aussi l’importance qu’ils ont dans le buto notamment qui est un art japonais dont se sont inspirés bon nombre de créateurs et chorégraphes contemporains
« Me Noro utilisait beaucoup à la fin de sa vie le terme d’Espace pour désigner les différents niveaux d’initiation quels qu'ils soient. N’est-ce pas là son message essentiel ! Sourire et Espace unis dans un même sentiment de joie ». Ch B.

Cet article, très embryonnaire, pourra être agrémenté ou refondu en fonction des commentaires reçus.

JeanMichel